"Le Karaté est le Zen en mouvement"
Le zen n'est ni une gymnastique ni une technique de bien-être. Pour celui qui s'engage dans cette voie, il s'agit de vivre totalement, avec son corps et son esprit, de s'engager à prendre soin de soi comme de son prochain, d'affronter également ses propres peurs et ses névroses.
Les principes du zen
Selon les érudits, le zen n'est pas une religion. C'est plutôt une sorte de philosophie, une manière d'être et de penser. Parler des principes du zen est quelque peu abusif. Le zen est d'abord l'exercice d'une pratique, « zazen », et ne souffre aucune soumission à des textes ou à des doctrines.
Le kanji « zazen » signifie « s'asseoir en silence ».
Toute l'essence du zen est là, il n'y a rien de plus à savoir. Dans sa simplicité, voici la terrible méthode d'éducation du zen.
« Mushotoku » est « l'esprit de non-profit », le véritable esprit du zen détaché du moindre désir de bénéfice ; ne rien attendre, ne pas chercher à obtenir quoi que ce soit.
Deuxième précepte : ne pas faire de discrimination. Les paroles, les pensées et les actes sont tous à mettre sur le même plan, ont la même importance et méritent autant d'attention. Le plus humble détail est à considérer comme capital. Un grand maître du zen ne disait-il pas : « Lorsque vous faites quelque chose, faites-le comme si votre vie en dépendait. » S'il est une caractéristique particulièrement frappante de l'attitude du moine zen, c'est son application à réaliser chaque chose, aussi futile soit-elle, à la perfection, en y consacrant la totalité de son esprit (kufû). Cette pratique est considérée comme équivalente et aussi efficace que le zazen. Kufû fut la première pratique zen récupérée avec enthousiasme par les samouraïs, bien avant zazen, car la vie du samouraï était effectivement menacée en permanence. Or, kufû, a placé le samouraï dans un état d'éveil constant. Il devint quasiment impossible de le surprendre.
Avec un peu de pratique, nous parviendrons à la non-pensée « mushin » et, un jour peut être, à « hishiryo », la pensée qui est au-delà de la pensée. Mais ne nous faisons pas trop d'illusions, car les illusions sont omniprésentes et c'est justement l'objectif du zen de sortir de l'illusion.
C'est lorsque nous aurons renoncé à tout et qu'il ne restera que le vide que nous parviendrons au « satori », l'illumination, qu'on appelle aussi « kenshô », c'est à dire l'éveil.
Quant à Bouddha, il n'est pas une divinité dans l'esprit des bouddhistes zen, mais seulement le modèle des qualités humaines nécessaires à l'atteinte du satori et à l'émergence du Bouddha qui est en chacun de nous.
Dans notre monde de recherche effrénée du profit, la difficulté du zen est donc là : comment débuter une pratique si l'on ne doit rien en attendre ? Pure rhétorique rétorquera le lettré puisque le but est l'illumination. Mais notre lettré va se heurter à un sérieux problème : s'il cherche l'illumination, il ne trouvera rien. Hormis les éveillés, personne ne sait à quoi elle ressemble. Comment reconnaîtra-t-il un visage qu'il n'a jamais vu ? « Alors, comment les éveillés ont-ils procédé ? » répliquera-t-il. La réponse à cette interrogation est simple : l'illumination nous tombe dessus quand nous sommes prêt à la recevoir or, nous venons de l'expliquer, elle survient quand nous avons renoncé à toutes les tentations, y compris le désir d'obtenir l'illumination. Mais on ne peut pas savoir quand : demain, dans un an, dix, jamais ? Dogen écrit dans le Shobogenzo :
« L'illusion consiste à poser l'ego et à agir à travers lui sur les objets. L'illumination, au contraire, consiste à laisser les choses agir sur vous et vous illuminer... »
L'illumination est donc un phénomène purement passif qui survient quand l'ego est mis en veilleuse.
Certains croient pourtant deviner la forme de cette illumination et les moyens de l'obtenir (ou plutôt croient ce qu'un pseudo-maître leur raconte), se lancent dans l'aventure et c'est ainsi que de nombreux charlatans deviennent par la grâce d'intellectuels égarés de vénérables gourous.
Ainsi le monde extérieur ne peut pas véritablement pénétrer l'esprit d'un homme classique. Sa perception, déformée par son ego (auberge espagnole de tous les conditionnements), ne lui permet pas de saisir l'essence de ce qu'il observe ; l'illusion s'installe.
L'éveillé, lui, s'imprègne réellement de l'objet, pas selon un point de vue, mais dans une perception globale de tous les attributs de l'objet : rien ne lui échappe. Il est fondamentalement omniscient ; sa limite proviendra du niveau de ses connaissances théoriques pures, jamais de sa psychologie, de sa capacité à raisonner ou d'une erreur d'appréciation de la réalité profonde de l'objet. Or, un manque de savoir n'est jamais un véritable handicap (sauf pour les examens et concours universitaires). La seule connaissance technique indispensable est l'ensemble des méthodes qui permettent de trouver rapidement l'information utile et exacte à l'instant et à l'endroit où elle est nécessaire.
La grande majorité vit donc dans la confusion et l'illusion. Mais chacun est persuadé d'avoir la réalité devant les yeux. Malheureusement, seuls les éveillés connaissent la vérité mais ils sont en très petit nombre. On pourrait fort bien s'accommoder de cette situation mais il faut bien en convenir, là tous sont d'accord, le monde tourne mal ou, pour le moins, il pourrait tourner mieux. Cependant, la plupart des gens pensent qu'ils n'y peuvent rien, que les malheurs du monde sont les conséquences des décisions absurdes de quelques hauts personnages influents (politiques, financiers, mafieux, etc.) Seuls les éveillés savent que nos malheurs sont la conséquence de la confusion et de l'illusion dans lesquelles vit la quasi-totalité des hommes. Si tout le monde voyait clair, la plupart des calamités humaines disparaîtraient.
Le zen n'est pas autre chose qu'une tentative des éveillés de rendre lucide le plus grand nombre afin de sortir de l'éternelle répétition des erreurs humaines.